dimanche 31 mai 2009

La loi du désir



1987

Titre original : La ley del deseo
alias : La loi du désir
alias : Law of Desire

Cinéaste: Pedro Almodóvar
ComédiensEusebio Poncela - Carmen Maura - Antonio Banderas - Nacho Martínez

Notice IMDB
Notice SC

Vu en dvd



Première critique, écrite en 2009:

Aïe. Non, pas caramba. Aïe tout court. Celui de la déception. Ma femme, heureuse de découvrir chez moi un enthousiasme quasi juvénile pour le dernier Almodovar (Étreintes brisées) a cru bon de me faire partager sa propre adoration pour la filmographie du grand Pedro. Souvent nous partageons ce genre de petits délices cinéphiles. Malheureusement ici le phénomène ne s'est pas reproduit. Aïe donc.

Ce que je pointais dans mon avis sur Los Abrazos rotos, cette propension chez Almodovar à produire un cinéma volontiers outrancier (et qui m'avait semblé absent des Étreintes) m'a encore une fois paru beaucoup trop présente ici. Ce n'est pas tant l'outrance esthétique que la manière dont elle est amenée et traitée. J'ai trouvé La loi du désir par moments pas très bien écrit, présentant les situations de façon abrupte, assez grossière (l'amnésie qui amène la sœur a révélé un passé enfoui et douloureux, mouais...).

Au contraire j'ai bien aimé l'active respiration amenée par l'apparition vers la fin du film, d'une trame policière, qui relève, épice une intrigue ronronnante jusqu'alors : une pincée d'action et tension salutaire.

Sans doute que les personnages et leur histoire n'ont pas éveillé en moi des flammes d'émotion : tout ce charabia pour dire que je n'ai pas été touché par le film.


Dernière critique, mise à jour : 2016:

7 ans de réflexion plus tard, cette exubérance almodovarienne tant décriée, je l’ai apprivoisée et appréciée avec autrement plus de plaisir qu’en 2009. Je peux même confesser que cette année je recherche avec gourmandise cette outrance. Elle me paraît aujourd'hui familière, un jeu entendu, sérieux sous ses airs frivoles, mais très important pour embrasser totalement le cinéma d’Almodovar. Difficile de me faire comprendre. Je suppose que le jeune homme que j’étais, fringant et alerte en 2009 n’aurait pas compris ce que le vieillard de 2016 essaie de lui communiquer maintenant.

Disons que le chromatisme pétaradant, la mise en scène baroque, les costumes on ne peut plus extravagants, cette culture punk qui transpire d’un bout à l'autre de ses films, et pour finir, une écriture très libre mais toujours en équilibre entre la farce et la tragédie, toutes ces facettes caractérisent un cinéma plus profond qu’il ne semble de prime abord.

Aujourd’hui que j’ai vu plusieurs films de ce cinéaste, cette revoyure consolide ma conviction qu’Almodovar est un des plus grands artistes contemporains, un écrivain hors pair, un directeur d’acteurs incroyable capable d’animer une scène avec des éléments disparates pour raconter pourtant une histoire des plus complexes, avec toujours une très grande délicatesse, une ouverture d’esprit exemplaire, bref une humanité qui ne cesse de faire mon admiration.

Son cinéma hautement moral a une vue tout aussi élevée de l’humain, une perspicacité vis à vis de la complexité de nos existences, sans porter de jugements de valeur à l’emporte-pièce, attitude récurrente chez le premier connard venu. Toute la noblesse de Pedro Almodovar est dans cet élan naturel à braver avec un si grand panache les périls communs, les emmerdes du quotidien aussi bien que les catastrophes qui peuvent nous tomber parfois sur le coin du museau. Je me rends compte que tout ce blabla pourrait aussi bien être écrit pour ce film-ci que pour un autre du cinéaste. Mais c’est désormais le genre de considération qui me vient à l’esprit après avoir visionné n’importe lequel de ses films.

Alors, essayons de nous focaliser sur celui-là. J’ai revu Volver il y a peu et je remarque que cette “loi du désir” a bien des traits communs avec beaucoup de films d’Almodovar, et bien au delà de la distribution. Il y a un suspense, une tension qu’on retrouve toujours plus ou moins dans ses films. L’influence hitchcockienne est évidente également sur certains plans paraissant dessinés, découpés comme savait le faire Hitchcock, ajustant les cadres avec astuce. Je pense à l’accident par exemple.

La manière dont les personnages sont heurtés pour leurs sentiments, la façon dont ils luttent, naturellement, contre le regard social, comment la cellule familiale est au cœur des relations, choisie, tout cela fait irrémédiablement songer à Douglas Sirk.

Ici, c’est Jean Cocteau qui est cité à plusieurs reprises. Je connais peu. De fait, j’ai été moins enclin à en comprendre la portée. De façon générale et dans ce film en particulier, on note que l’amour du cinéma est omniprésent. Il joue nettement du cadre, des mouvements de caméra. Quand Carmen Maura passe sous le jet d’eau dans la nuit madrilène, n’est-elle pas une nouvelle Anita Ekberg? Quand la caméra en contre-plongée capte la fièvre de l’écrivain en train de taper sur sa machine à écrire, au travers du clavier, ne fait-elle pas référence à celle du conducteur au volant de son bolide dans “Extase” de Machaty?

Au delà du cinéma, l’art pictural ou sculptural est sollicité à de nombreuses reprises : Nighhawks de Hopper est reproduit, facilement identifiable. N’y a-t-il pas de la pietà devant l’autel dressé pour la vierge Marie quand Eusebio Poncela prend Antonio Banderas dans ses bras à la toute fin ?

Ces clins d'œil à l’adresse du spectateur, loin de grossir le trait, ne le font pas sortir du film mais participent de ce lien intime qu’Almodovar tisse entre l’histoire et le public. La narration gagne en signification, avec subtilité et une sorte de grâce poétique se dévoile, tout doucement mais sûrement.

Dans le jeu, Carmen Maura tient le haut du pavé. Elle a un rôle formidable de richesse. Entre son passé pas définitivement digéré mais devenu substantiel de sa personnalité et la passion un peu diva pour son métier d’actrice, ce rôle est foisonnant, navigant en eaux agitées, où les remous de l'âme sont fréquents et donnent du relief au talent de la comédienne.

Antonio Banderas est une nouvelle fois marqué à la culotte par la folie. Almodovar semble apprécier sa petite gueule de jeunot passionné au regard très inquiétant. Abonné aux psychopathes, Banderas est impeccable, toujours propre, sans fioritures, malgré un rôle sur le fil du rasoir, ne tombant jamais dans la caricature. Vraiment excellent, il maintient son personnage entre puissance et fragilité.

Face à lui Eusebio Poncela est plutôt pâlichon. La comparaison est rude. Il n’est pas non plus mauvais, mais il manque sans aucun doute de coffre malheureusement et reste en retrait par rapport à Banderas et Maura.

Hier, je repoussai tristement la coupelle ; aujourd’hui je bois le calice jusqu’à la lie et d’un coup de langue, à l’image de Rossy de Palma, je me pourlèche les babines pour ne pas en omettre une seule goutte.

Trombi:
Carmen Maura:

Antonio Banderas;

Eusebio Poncela:

Victoria Abril et Miguel Molina:

Manuela Velasco:

Nacho Martínez:

Bibiana Fernández :

Helga Liné:

Fernando Guillén et Fernando Guillén Cuervo:

Germán Cobos:

Rossy de Palma:

Pepe Patatín:

Lupe Barrado:

Alfonso Vallejo et José Manuel Bello:

Agustín Almodóvar:

Pedro Almodóvar:

Juan A. Granja:

?

José Ramón Fernández???

jeudi 28 mai 2009

Columbo - Requiem pour une star



1973

Titre original : Columbo - Requiem for a falling star
alias : Columbo - Requiem pour une star

Saison 2, épisode 05

Cinéaste: Richard Quine
Comédiens: Peter Falk - Anne Baxter - Kevin McCarthy - Mel Ferrer - Pippa Scott - Edith Head

Notice Imdb
Vu en dvd


Un titre qui sonne juste pour un épisode qui sonne excellent.

Juste, parce le casting de ce téléfilm invite à voir trois grandes stars. All about Baxter d'abord, Mam'zelle Eve de M'sieur Mankiewicz, Mel Ferrer qu'on a vu partout sans trop lui trouver un rôle assez marquant qu'on lui accolerait illico à l'évocation de son nom et surtout -en ce qui me concerne du moins ce fut une énôrmissime surprise de la découvrir là- La Edit Head, yes, Ze Edith Head en personne dans une apparition clin d'œil, courte mais souriante. Cette femme est une star du costume hollywoodien, on ne compte plus les grands films qu'elle a drapés. Si, on les compte : je viens de jeter un œil sur imdb : 419 films en costume designer! Cette femme est une géante. Chouette surprise donc. Edith Head dans Columbo... je n'en reviens toujours pas.

Pour en revenir aux comédiens principaux, Anne Baxter noue une relation très intéressante avec Falk, tout en subtilité, finesse mais également -et je crois que c'est nouveau dans la franchise Columbo- avec une sorte de parade, de séduction auxquelles se livrent les deux protagonistes. Un nouvel enjeu se fait jour : Columbo tout à sa dévotion pour la star Nora Chandler (Baxter), saura-t-il faire abstraction? Ou bien de manière plus honnête car les spectateurs ne sont pas aussi dupes : comment s'y prendra-t-il pour dénouer le dilemme? Afin de bien illustrer cet enjeu d'apparat Baxter parvient avec classe à donner à son personnage la bonne dose de discipline et d'élégance, un savant mélange auquel Falk répond par une subtilité heureuse, la délicatesse qu'on lui connait. Une autre des facettes d'un personnage fascinant et attendrissant.

Ferrer quant à lui, joue juste, sans grand génie il est vrai, mais avec simplicité et efficacité. Rien d'enthousiasmant mais avec ce qu'il faut là et quand il faut. Maîtrise.

Je découvre en même temps une actrice plaisante, Pippa Scott. Elle non plus n'éclabousse pas l'écran mais fait son travail de manière posée et juste.

On notera le rôle assez important d'une tête qu'on a vu surtout à la télé ou chez Joe Dante, Kevin McCarthy, et son physique spécial. Intrigant.

Excellent parce qu'outre ce casting efficace et jouissif, le téléfilm est surtout le produit d'un scénario achement bien écrit. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été saisi par une intrigue policière. Bien ficelé, le récit est net, précis et va droit au but. Des chausse-trappes efficaces, des rebondissements maîtrisés et percutants. Richard Quine, un cinéaste que j'oserais qualifier d'inégal, offre encore une réalisation malheureusement très plate, plan-plan, banale. Ma foi, il vaut mieux parfois que les cinéastes faiblards s'effacent devant le scénario ou les comédiens plutôt que de saboter leurs valeurs en boursouflant la mise en scène.

Reste du trombi:
Frank Converse et Dianne Turley Travis:

mercredi 27 mai 2009

Le gendarme à New York



1965

Cinéaste: Jean Girault
Comédiens: Jean Lefebvre - Geneviève Grad - Michel Galabru - Louis De Funès - Christian Marin - Guy Grosso - Michel Modo - Marino Masé - Jean Droze - Leroy Haynes - Billy Kearns - Roger Lumont - Pierre Tornade

Notice Imdb

Vu en dvd


alligatographe : Le gendarme se marie
alligatographe : Le gendarme de Saint-Tropez


Quand le gendarme se confronte à la modernité et la terrifiante perspective d'un avenir bouleversé.

L'Amérique est le miroir de notre avenir dans cette fin des années 60. Elle a 20 à 30 ans d'avance sur nous dans le système social consumériste et les français savent qu'ils vont devoir s'américaniser ; ils commencent à réaliser qu'ils goûtent les fruits de la consommation et qu'ils vont en payer un prix inattendu et peut-être exorbitant. Ce film joue sur ces peurs primales, cette peur de l'avenir, de l'inconnu. Or les États-Unis est un pays qui accumule les signes ostentatoires de sa modernité, proclame altière sa dévotion à sa propre puissance, en leader de comportement et déjà de conscience. Que ce soit l'influence de la télévision,

l'imposante masse vertigineuse des gratte-ciels

ou l'informatisation ou robotisation des outils du quotidien, tous les signes matérialistes sont à l'unisson pour martyriser le corps humain (médicalisation tout autant violente qu'incompréhensible et mystérieuse), (l'électricité se mêle de brûler les oreilles de l'indiscret)

(effets secondaires de l'ice-cream),

pour manipuler l'esprit (psychanalyse et hypnose mêlées),
aseptiser les plaisirs (viande cellophanée),

supplanter pourquoi pas la race humaine (le robot ménager qui se fait la malle).

Fufu, l'œil inquiet, tapote la carlingue de l'avion pour s'en assurer la solidité. La troupe de gendarmes n'en finit pas de se perdre dans le dédale de couloirs du paquebot. Que c'est dur de ne pas se paumer dans le labyrinthe de la modernité! C'est donc cette peur de perdre son âme et son identité que les auteurs transposent dans leur scénario. C'est là la matière première de pratiquement tous les gags.

L'ancrage nationaliste, qu'il soit dans le salut au drapeau devant le paquebot France ou les élans patriotico-nostalgiques que roucoule au téléphone un Jean Lefebvre sur son lit d'hôpital ou bien encore le festin de rois que se concoctent les gendarmes dans leur chambre d'hôtel,

cette affirmation identitaire apparait comme une planche de salut.
Les esprits et les corps sont torturés par l'éloignement, l'inconnu et la monstruosité de New-York.

Si ces réflexes défensifs sont somme toute assez primaires, il n'en demeure pas moins qu'avec le temps on peut y trouver quelque raison de s'attendrir.

Et au final, cette revoyure fait apparaître ce film comme un des meilleurs de la série. Je lui trouve un charme qui m'a longtemps échappé.

Une prémisse thématique du prochain film, ça titille le gendarme:

Une séance hommage parodique de West Side Story:


Trombi :
Genevièce Grad principal enjeu personnel du gendarme Cruchot:

Marino Masé:

Christian Marin:

Jean Lefebvre:

Michel Galabru:

Guy Grosso et Michel Modo:

Leroy Haynes : bbbbbbblooooddddd!!!

France Rumilly , le gimmick est officiellement lancé

Billy Kearns :

Christian Marin, Jean Lefebvre, Modo, Grosso et Dominique Zardi à gauche, Jean Droze à droite en carabinieri :

Très courte apparition de Pierre Tornade

Roger Lumont :

Le couple épicier : Tiberio Murgia et une inconnue

Swen:

Jean-Pierre Bertrand: