dimanche 27 février 2011

Angele et Tony


2010

Cinéaste: Alix Delaporte
Comédiens: Clotilde Hesme - Antoine Couleau - Evelyne Didi - Grégory Gadebois

Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Vu en salle

Étrange décalage de traitement cinématographique entre deux histoires d'amour. Je viens de voir, l'un à la suite de l'autre, deux films diamétralement opposés. J'ai vu d'abord "Mariage à l'italienne" où Sophia Loren et Marcello Mastroianni se battent et s'aiment en se hurlant dessus et cet "Angèle et Tony" où les deux héros passent le film à se sentir les fesses sans décrocher la mâchoire. Les deux films se rejoignent sur cette difficulté à communiquer des sentiments que l'on prend souvent comme des mises en danger pour son petit cœur fragile. Autant l'italien crie, autant le français fait dans le taiseux marin.

Angèle (Clotilde Hesme) a perdu pied, s'est retrouvée en taule. De fait, elle n'a pas pu maintenir des liens fermes avec son fils. Les sentiments de culpabilité et de honte, une jeunesse trop immature et l'angoisse d'un avenir confus la freinent considérablement à l'heure de restaurer la relation avec son gamin.

En parallèle, elle cherche du boulot pour se réinsérer, maintenir sa conditionnelle et pourquoi pas, tomber amoureuse, créer une famille qu'elle a sans doute contribué à faire exploser auparavant. A ce sujet, on ne sait pas trop ce qui s'est passé avec le père et les beaux-parents. Ces derniers ont la garde du petit. Ma foi, on s'en fout. Elle tente de passer à autre chose. Et Tony pourrait bien constituer cette "autre chose".

Tony (Grégory Gadebois) est tout aussi avare de mots. C'est le genre de gars à se contenter de vous regarder sans répondre à la question que vous venez de lui poser, voyez le genre, pas super commode, pour qui les choses sont relativement simples, un pragmatique et surtout quelqu'un qui veut éviter les conflits, qui cherche la paix, pas comme son petit frère, chien fou qui a la colère éclatante et le verbe haut. Grégory Gadebois vient de la "Comédie Française", maison qui donne parfois au cinéma (qui prête devrais-je dire) de très grands comédiens. A vrai dire, ce fut l'argument majeur qui a retenu mon attention. Et il faut concéder que sa prestation n'est pas vraiment renversante. Toutefois, comment ce rôle enfoui pourrait mettre en avant les talents du comédien? Difficile hein?

Et puis de toutes les manières, le personnage principal reste celui que joue Clothilde Hesme. En cherchant à stabiliser une existence qui est partie à vau l'eau, elle essaie également de reconquérir l'estime de son gamin, d'être une mère. En cela, elle m'a beaucoup fait penser au personnage campé par Julie Gayet dans "8 fois debout" de Xabi Molia tourné en 2009 mais sorti l'année dernière.

Et je me faisais la réflexion qu'il est symptomatique de l'état de notre société, de nos trouilles que deux jeunes artistes dessinent ainsi à quelques mois de distance le même type de personnage, livrés à des combats très proches, avec des préoccupations identiques sur leur rôle de mère dans la merde financièrement. Symptomatique et inquiétant, sans pour autant perdre espoir. La crise est bel et bien là. Il faut s'y adapter. Là, jusque sur nos écrans.

La réalisation d'Alix Delaporte est par moments très scolaire : des plans très carte-postale, bizarrement, viennent ponctuer une mise en image plus brutale. Comme si le soin à ancrer le récit dans un paysage particulier, un peu sauvage et dur, pouvait expliquer le caractère sec et néanmoins profond de personnages qui préfèrent agir que dire. La plupart du temps la caméra est très proche des personnages. A la recherche de mots ou de démonstrations qui portent l'expression des héros. En vain. Je ne suis pas convaincu, ni charmé par un style bien défini. Mais il faut être indulgent avec une première réalisation.

vendredi 25 février 2011

Nous irons tous au paradis


1977
alias : We will all meet in Paradise

Cinéaste: Yves Robert
Comédiens: Victor Lanoux - Guy Bedos - Claude Brasseur - Jean Rochefort

Notice Cinéprofil
Notice Imdb
Vu en dvd


Un an après le succès de l'éléphant l'équipe Yves Robert / Jean-Loup Dabadie remet le couvert avec les mêmes ingrédients et ils parviennent à tenir la gageure de créer quelque chose d'aussi intense, heu... sinon plus.


Appuyés sur les personnages devenus familiers, les auteurs décident de passer à la vitesse supérieure dans l'aspect dramatique. Il y a même quelques moments de gravité extrême. Pas seulement cette incroyable scène à la gare où le malheureux Simon (Guy Bedos) s'effondre, un moment toujours bouleversant, qui secoue, rehaussé par le jeu pudique et malin de Bedos, cette main accrochée à la porte du wagon, ces petits couinements de douleur, une scène qui fait mal. Je ne me souvenais pas de pareille puissance. Ça m'a cueilli. J'ai esquissé un portrait de ce personnage très touchant dans la chronique d"Un éléphant, ça trompe énormément". Je vais ici le préciser, notamment dans la relation avec sa mère.


Simon apparait à bien des égards comme le personnage le plus enfantin, maintenu par sa mère à son rang de petit, mais aussi dans sa manière de fuir la réalité (le manque de courage physique, les relations sexuelles adultérines, inabouties et cachées forcément, l'aspect lunaire aussi, un peu à côté de la plaque, l'hypocondrie, etc.). Il est maintenu dans cet état par sa mère qui ne l'autorise pas à devenir un homme. Ce n'est qu'après sa mort qu'il apprend qu'elle avait acheté son caveau en Normandie, ce n'est que tardivement qu'il apprend qu'il a des lingots d'or à la banque, etc.

C'est encore un personnage qui ressemble, je ne sais si je l'ai déjà évoqué, au dernier de la bande de copains dans "Les copains", un film prémonitoire, exquise esquisse d'Yves Robert avec un rôle de naïf pour Guy Bedos, déjà. Bedos notait dans les bonus qu'il avait une relation particulière avec Yves Robert, un peu filiale, et que cela s'en ressentait dans les éléments du rôle. De même, il faisait le lien entre sa relation avec sa propre mère et la relation Simon / Mouchi. D'autant que Robert connaissait la véritable mère de Guy Bedos, lequel n'a pas manqué dans certains de ses sketchs de dépeindre une relation hautement plus conflictuelle et cruelle que celle décrite dans le film. Mais bref, Yves Robert s'est sûrement inspiré de cette relation pleine de souffrances et de violences morales pour brosser un portrait mère / fils juifs des plus violents.

Mais Yves Robert dans son soucis de justesse et surtout d'humanité, de tendresse envers ses personnages ne pouvait pas se contenter décrire cette violence sans en proposer un regard plus profond, sans en donner une sorte de justification. Il lui fallait montrer la vraie nature de la relation, au-delà des ornements du spectacle que nous livrent les deux personnages. Au delà du premier abord, il y a une réelle et profonde relation d'amour. C'est pourquoi Simon est avant tout un fils qui aime sa mère malgré l'état infantile dans lequel elle l'enterre ET dans lequel il se laisse enterrer. La relation est autant sadique que masochiste. Pourquoi vit-il à deux pas de portes de sa mère sinon pour la laisser maîtriser sa vie? Il y a une dépendance que la souffrance de ne pas pouvoir grandir ne parvient pas à détruire. Le nœud, le lien œdipien est fait d'un si gros cordon ombilical que la violence de la douleur n'est pas en mesure de nuire à leur relation de dépendance. Seule la mort peut libérer Simon. Pas étonnant qu'il pleure, qu'il couine comme un bébé qui nait et prend sa respiration. C'est une douleur terrible.

Notez les yeux embrumés de Victor Lanoux, les visages atterrés de Jean Rochefort et de Claude Brasseur, les larmes de l'amante. Le spectacle Michou est terminé. Le rideau est baissé. Et on est d'autant plus attristé qu'on découvre ce qu'on pouvait subodorer : Simon aimait sa mère. C'est pourquoi il continuait à entretenir cette relation castratrice. De l'étonnement du spectateur de découvrir ce fils malmené, maintenant ravagé par les pleurs nait une sorte de choc que les comédiens par leurs mines défaites amplifient, que les dialogues magnifient "Étienne veut te dire que ta maman est morte", auquel la mise en scène avec ce bras accroché comme à une bouée de sauvetage, avec ce torse que Bouli offre aux coups de Bedos (vas- tape, tapeuhh!") donne une dimension physique d'une émotion sublime.... j'étais au bord des larmes. J'étais complètement dedans. Dans le pathos. Et ravi quelque part que ça ne déborde pas en mélo larmoyant, grâce à cette pudeur extrême que Bedos parvient à sauvegarder en fuyant le champ de la caméra, grâce également au rythme de la scène en rupture totale avec le reste du film. Un moment massue. Superbement écrit.

Si le personnage de Simon est beaucoup plus entouré des attentions des scénaristes que dans le premier opus, les autres personnages n'en sont pas moins choyés.

Claude Brasseur

continue malheureusement à souvent faire la tête, ne parvenant pas à vivre avec sérénité son homosexualité. On le voit parader avec de superbes créatures à son bras. Il se force. Il lutte. Bravement, il va même jusqu'à se convaincre qu'il peut être amoureux d'une femme au point de l'épouser, une Gaby Sylvia

assez virile pour lui plaire. Les scènes du mariage raté sont très belles. On y découvre Danièle Delorme plus impliquée que jamais dans la bande des hommes.

Je suis encore plus étonné par la richesse du personnage de Daniel (Claude Brasseur) et la profondeur, la délicatesse, la tendresse de Brasseur et le don qu'il fait dans son interprétation. Il est majuscule sur ce film. C'est quand même prodigieusement remarquable à quel point Dabadie et Robert parviennent à hisser ce personnage déjà très riche dans le premier film. Magnifique.

Victor Lanoux souffre toujours autant mais de l'égo. Résolument père de famille gâteau, aimant et chaleureux, les tracas conjugaux vont de mal en pis. Ses mésaventures, si elles ne sont pas aussi tendues et dramatiques que pour ses copains ne font pas sourire non plus. Le gars est sympathique et surtout pathétique. Il morfle. M'enfin, peut-être fallait-il qu'il s'attende à pareils retours de bâton.

Je suis encore sous le charme de ces dialogues merveilleux, petits bijoux, sonnants, percutants, décalés, en rupture ou au contraire complètement dans le sens des personnages. C'est tellement bien écrit, un piquant plaisir d'écoute.

Mais celui qui une fois de plus tient le haut du pavé, reste l'axe central du film, c'est Jean Rochefort.

Dans l'éléphant, il était le mari volage. Dans cette deuxième partie, il est cocu. Non, ce n'est pas juste, ce que j'écris là, ce n'est pas Rochefort le personnage principal, mais le binôme conjugal qu'il forme avec Danièle Delorme.

Leur couple et leurs pulsions adultérines, l'amour qu'ils se vouent et les tiraillements que subissent leurs fidélités respectives servent de fil conducteur tout le long du film. Rochefort découvre une photo de sa femme compromettante dans ses affaires au début du film.

Et se met à imaginer le pire. A la fin, les deux époux rentrent chez eux après avoir dû laisser leurs amants à l'aéroport.

Motus et bouches cousues, on espère que le secret sera bien gardé car ils s'aiment profondément et ne pourraient souffrir de savoir. C'est un regard à la fois drôle et cruel mais d'un comique qui n'a que peu à voir avec le traditionnel vaudeville. Yves Robert fait vivre des personnages réels, tendres, capables de mauvaise foi et d'éclats de voix, humains et simples.



Il y a une scène qui m'a gêné. Celle de la fin de la grève aéroportuaire, avec le tremblement de terre constitutif au matin, que je trouve un peu trop exagéré, on tombe presque dans la farce.





D'un coup le film dérape un peu. Le réalisme s'estompe pour jouer dans la cour des enfants. "On dirait que la maison elle tremblerait tellement les avions passent au-dessus". Dommage. M'enfin c'est là une observation de conquis, du chipotage d'enfant gâté, je le confesse.

En finissant le film je reste abasourdi par la profondeur et la légèreté de ces deux films, ce savant mélange des genres, cette combinaison incroyablement difficile à mettre en place et qui parait ici d'une simplicité presque ordinaire. Tellement de travail, tellement d'humanité, de sincérité derrière ce diptyque. Et puis je suis heureux d'avoir revu ces deux films, particulièrement surpris par les sentiments et le plaisir qu'ils m'ont procuré. J'avais gardé finalement un souvenir assez approximatif de ces deux films. Je me le suis remémoré comme deux sympathiques comédies françaises, sans plus. Aujourd'hui c'est avec un autre oil, plein d'admiration que je l'ai regarde. De la très belle œuvre!

Plus je vois et revois ces films, plus je les aime et mesure la magie de cette somme de talents qu'il a fallu faire coïncider pour pondre de magnifiques films et forger un des plus superbes diptyques du cinéma français.


Trombi:
Marthe Villalonga:

Christophe Bourseiller et Josiane Balasko:

Jenny Arasse:

Jean-Pierre Castaldi:

Vania Vilers:

Anne-Marie Blot:

Maïa Simon:

Elisabeth Margoni:

Daniel Gélin:

Carole Jacquinot:

Michel Bonnet double rôle:


Claude Legros:

Elisabeth Rambert:

Janine Souchon: