mercredi 28 novembre 2012

Chaharshanbe-soori



2006 
Alias: La fête du feu
Alias: Fireworks Wednesday


Cinéaste: Asghar Farhadi
Comédiens: Hediyeh Tehrani -

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Notice Cinéprofil
Notice SC

Vu en dvd





Dans la filmographie d'Asghar Farhadi que je découvre peu à peu en ce moment, ce film-là me semble différent, moins tourné vers la spécificité politique et religieuse de son pays. Alors que dans les autres films que j'ai vus ("Les enfants de Belle Ville", "À propos d'Elly" et "Une séparation") il met en place une grosse machinerie à broyer les individus, à les piéger corps et âme, ici il s'intéresse à des thématiques plus universelles : la dégradation de l'amour conjugal et les affres qui en découlent, comme l'infidélité, la jalousie, les soupçons, le sentiment d'abandon et les mensonges. Ces troubles déchirant le ventre tenaillent Mozhde (Hediyeh Tehrani).
Elle a cru entendre son mari et sa voisine par le conduit d'aération de la salle de bain. Dès lors, son monde s'écroule. En Iran, plus que partout ailleurs peut-être, il parait difficile aux femmes d'être indépendantes vis à vis des hommes. "Que vais-je devenir?" n'est pas une phrase qu'elle prononce en vain.

Farhadi pose la question du couple dans son ensemble car, outre celui de Mozhde qui bât de l'aile, on entre dans le film avec un couple de jeunes qui sont tout juste fiancés. Ils sont heureux, souriants à la vie et confiants pour leur avenir. Le bonheur se lit sur leurs visages. Enfin, le film se termine sur l'image d'un homme séparé de sa femme. Il dort dans sa voiture en attendant que leur fille ait passé le jour de l'an chez sa mère. Voyez comme on est loin des problématiques de relations sociales et de l'emprise de la société sur l'individu. C'est la cellule familiale qui est interrogée, dans son intimité. Comme elle pourrait l'être aussi bien en Iran qu'au Japon ou en France. Il est juste question de relation entre un homme et une femme.

Si l'on n'a pas droit à la démonstration de l'écrasante pesanteur du système politique iranien, le film n'en démontre pas moins le savoir-faire de son réalisateur en matière de mise en scène. C'est encore un très bon film. Le discours est moins politique, mais la narration cinématographique est toujours aussi aboutie, d'une robustesse encore sans esbroufe visuelle. Avec une simplicité dans les cadrages, Farhadi investit son récit très proprement et fait en sorte qu'il ne cède jamais à un quelconque ennui. Le spectateur reste attentif, essayant d'abord de comprendre à quoi il assiste. Cela peut paraitre confus de prime abord, puis, petit à petit, les éléments explicatifs sont amenés et recollent les morceaux.

Surtout, on retrouve cette direction d'acteurs que je n'hésite plus à qualifier de "phénoménale" : les comédiens sont habités par les personnages. C'est toujours d'une justesse effarante. Leur précision de jeu associée à la simplicité des cadrages, ainsi qu'à un montage très classique, serein, nous donnent le sentiment d'être les témoins d'une histoire vraie, d'être au cœur d'un documentaire. Bien entendu, cela visse le public à son siège, avide de comprendre, puis de connaître le fin mot de l'histoire.

Comme toujours avec Farhadi, le film fait forte impression grâce à la mise en scène épurée, nette et ses acteurs incroyablement bons.

Trombi:
Taraneh Alidoosti:

Hamid Farokhnezhad:

 Pantea Bahram:

 Sahar Dolatshahi:

 Hooman Seyadi ou Hooman Seyedi :

Le gorille vous salue bien



1958 
Alias: The Gorilla Greets You

Cinéaste: Bernard Borderie
Comédiens: Lino Ventura - Charles Vanel - Pierre Dux - Bella Darvi - Jean-Pierre Mocky

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Notice Cinéprofil
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Vu en dvd




Comment peut-on aimer un film de Bernard Borderie? Voilà un exploit, une incongruité qui exige explications détaillées. Tentons le coup.

Certes, on voit ici et là quelques éléments qui font furieusement sentir la platitude ou la médiocrité qui pourrait présider aux destinées de cette production (une réplique foireuse d'un personnage ou quelque virage que prend l'histoire) et pourtant, elle tourne, ça fonctionne tout de même!

Le grand atout (si ce n'est l'unique), ce sont les comédiens. Certains même sont sociétaires de la Comédie Française, ce qui à l'époque avait encore quelque valeur significative sur le plan du jeu. Et même si on pourrait se laisser prendre à le penser, Lino Ventura
n'est pas la seule arme massive. Certes, il est impeccable et fait montre de justesse tout au long du film. D'ailleurs, sa confrontation perpétuelle avec Charles Vanel
est si savoureuse qu'elle finit peut-être par devenir le petit rendez-vous jubilatoire du film.

Dans un personnage médiocre et sans doute agaçant pour beaucoup, je dois dire que j'ai un petit faible pour Robert Manuel. Il geint sans arrêt mais il y a du coffre, ça se sent et Borderie fait preuve d'une étonnante capacité à capter le jeu de Manuel sur deux ou trois séquences, que je trouve très bien filmées, ce qui ne cesse de m'intriguer. En effet, elles parviennent grâce à la mise en scène, de légers mouvements de caméra et le jeu du comédien, à faire monter la tension de manière très efficace.

Beaucoup de "petits" acteurs semblent également baigner dans le jus de ce scénario pourtant plus pittoresque qu'habile, comme des poissons dans l'eau. Le film dépeint avec une certaine adresse un petit monde interlope d'après-guerre. L'argument "espionnage" qui fera florès 4 ans plus tard avec Dr No sur une échelle ô combien plus imposante et qui semble avoir été apporté par le travail de Antoine-Louis Dominique (ancienne barbouze lui même pendant la guerre) est finalement très anecdotique. Par contre la part de Jacques Robert me parait bien plus éloquente. Quoiqu'il en soit, on flirte avec la "série noire", la jactance populacière des voyous communs. Et c'est un plaisir qui ne se refuse pas.

Ce mélange d'action, de polar noir et de joutes d'egos donne un film qui à l'époque pouvait passer pour spectaculaire. Les démonstrations de force de Ventura ont quelque chose du numéro de foire.
Aujourd'hui, le film a pas mal vieilli mais c'est justement cet aspect défraichi qui en fait un bon petit film populaire à déguster en amuse-oeil. Il raconte le cinéma de grand-papa avec cette curieuse insistance à se salir les mains : on y torture, on y flingue, on y bande les muscles, on se dépoitraille les pectoraux et on sort les pépées salopes bien roulées. Ça sent la sueur et le petit salé aux lentilles, quand en Angleterre on se prépare à envoyer James Bond siroter sa Vodka-Martini sur les plages des Bahamas. Masse des faubourgs parigots contre biceps saillants et raffinés, le contrat n'est pas le même, certes, mais il y a là matière à apprécier l'un et l'autre, deux cinémas qui ne disent finalement pas du tout la même chose. En dépit des affinités de façade, celle qui colle des étiquettes, le gorille n'a que très peu à voir avec James Bond. Dont acte.

Passons sur ces comparaisons hâtives et profitons à plein des avantages rustiques mais certains que ce petit film a à offrir. On a la possibilité d'écouter un petit jazz et des airs lancinants d'un Georges Van Parys qui a su ailleurs créer des partitions plus calinantes, plus suaves et complexes. Celle-ci est beaucoup plus simple, cependant elle conserve une certaine puissance qui se laisse aborder à la longue.

Le dvd René Chateau ne rend pas hommage à la très agréable photographie cinémascopique de Louis Page : une compression trop forte ainsi qu'un format trop petit ont quelque peu gâté mon plaisir. L'image est abimée, espérons qu'un jour cette modeste production jouira d'une plus grande considération et donc d'une restauration digne de ce nom.

Ce n'est certes pas un grand film mais dans la carrière de Lino Ventura, néanmoins il est certainement important, marquant d'un jalon populaire une filmographie alors très prometteuse. Par ailleurs, dans la série des "gorilles" et autres "fauves" de l'acteur et de son remplaçant Roger Hanin censés frapper de toute leur masse sur les faces plus ou moins patibulaires des truands d'après-guerre, celui-ci est sans aucun doute possible le meilleur. Par exemple, je préfère ce seul gorille à tous les OSS qui viendront par la suite.


Trombi:
Pierre Dux:

Bella Darvi:

René Lefèvre:

André Valmy:

Jean Mercure:

Henri Crémieux:

Jean-Roger Caussimon:

Yves Barsacq:

Robert Berri:

Jean-Pierre Mocky:

François Darbon :
Jean-Marie Rivière: (droite)

René Bergeron et Maurice Chevit:

Guy Mairesse:

Jacques Seiler:

Marie Sabouret: (droite)
Pierre Mirat:

 Jean-Max:
 
 ?, Sylvain Levignac et ?:

vendredi 23 novembre 2012

La vie de Marianne


1995

Cinéaste: Benoît Jacquot
Comédiens: Virginie Ledoyen - Melvil Poupaud - Sylvie Milhaud -

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Notice SC

Vu en dvd




C'est ma femme qui a pris ce film à la médiathèque Fellini parce qu'elle sait que j'aime le cinéma de Benoît Jacquot et parce qu'elle a été intriguée par ses "adieux à la Reine". C'est une initiative relativement heureuse qu'elle a eu là, mais le premier à louer c'est Jacquot qui a eu la bonne idée d'adapter le roman de Marivaux, tout en gardant les dialogues de l'écrivain.

Cela donne évidemment un joli conte moral sur les petits tracas de l'amour, les cruautés des déconvenues que l'inconstance des sentiments chez les protagonistes peut engendrer, surtout quand on est si jeunes et inexpérimentés que ceux-là. La langue est parfois superbe. Quelques plans sont très joliment photographiés malgré l'origine télévisuelle du film (production et diffusion d'Arte).

La simplicité des décors et le cadre plutôt resserré de l'action ne laissent guère de doute sur le manque de moyens, cependant le réalisateur, par sa mise en scène assez sobre et sa caméra très proche des acteurs, assure avec efficacité une mise en image fort correcte. 


Malheureusement, le téléfilm n'est pas sans défaut. On pourra déplorer par exemple une bande son un peu faiblarde qui ne permet pas toujours d'entendre les murmures des jeunes comédiens. Il y a également un ou deux comédiens qui m'ont fréquemment fait sortir de l'histoire par leur jeu un peu excessif.
Je pense à
Marcel Bozonnet 

quand son personnage découvre celle qu'il convoite chez son neveu, ou bien à Melvil Poupaud
constamment le regard en dessous, insistant là lourdement sur son caractère prédateur et faux.


Mais ces quelques scories ne ternissent en rien le plaisir que j'ai eu à découvrir Sylvie Milhaud 
ou celui de retrouver la sobriété de Jean-Louis Richard .
Mais voilà des motifs de satisfaction qui sont bien moindres que celle de contempler l'une des plus belles actrices que nous ait offert le cinéma français. Virginie Ledoyen 
est magnifiquement, que dis-je... amoureusement filmée par Jacquot. Souvent, au détour d'un plan, le réalisateur semble la peindre. La pose peut alors sembler un brin artificielle, mais le résultat fait mon bonheur : des petites secondes d'admiration, sans prix. Pourtant, elle parait toute jeune encore, mais la superbe femme qu'elle va devenir se laisse deviner. Je suis toujours aussi ému par le battement nerveux de ses cils. C'est là évidemment un jugement affectif autant que libidineux. Soit, je le concède! M'enfin, qu'on le veuille ou non, ce genre de ressenti fait partie des éléments d'appréciation qui construisent une opinion, un regard sur un film et il n'est ni légitime, ni judicieux de se le cacher.



Dans le coin un peu sombre du film, je rangerais également le rythme. Benoit Jacquot utilise à plusieurs reprises l'ellipse, c'est heureux mais néanmoins insuffisant. Souvent on a le sentiment de longueur, on s'attend à une conclusion qui met finalement trop de temps à venir. Sans pour autant qu'on puisse déplorer un réel ennui, le film aurait gagné à un peu plus de dynamisme. Dommage, mais n'oublions pas l'essentiel : c'est un bon téléfilm.

Trombi:
Nathalie Krebs:

Christine Murillo:

Julie Cox:

Michel Vuillermoz:

Estelle Larrivaz:

 Serge Riaboukine:

 Aude Briant:

 Jacqueline Jehanneuf:

 Yvette Petit: